Pourquoi le monde a besoin d’une nouvelle écriture

Bonjour à tous,

J’ai 25 ans et j’habite à Rennes, en Bretagne.
Ce blog servira de journal à un projet personnel : la création d’une ou plusieurs écritures qui auraient des propriétés exceptionnelles tant pour les linguistes que pour les locuteurs.

Ce projet est en lien avec deux préoccupations personnelles :

  • j’aimerais à mon niveau, sauver les dialectes et les langues en danger, et elles le sont presque toutes, du fait des forces centripètes de la mondialisation ;
  • j’aimerais utiliser le potentiel considérable de l’écriture, pour résoudre des problèmes politiques et intellectuels variés

Selon nous, il est possible de créer une écriture qui rapproche différentes langues apparentées dans le temps ou dans l’espace.

Cela exige beaucoup de méthode et de travail préalable.

Le principe ne tient pourtant qu’en deux étapes : d’une part, on égalise sur une base commune les différences géohistoriques, d’autre part, on les diacritise, c’est-à-dire qu’on les rend visuellement optionnelles, sans d’ailleurs que cela prenne forcément la forme d’un diacritique de l’alphabet latin. Il s’agit d’un programme théorique.

Prenons un exemple territorial. L’adjectif chaud est dit en suédois et en anglais het et hot, qui ont pour commun h*t. Si ce commun est aussi la racine, il s’agira donc d’écrire ht, probablement sur la ligne de base, et * dans l’espace diacritique. Dans une variante destinée aux linguistes comparatistes, * représenterait la voyelle originale supposée, ou, plus compliqué, l’espace vocalique possible. Dans une variante pour les locuteurs, * préciserait la voyelle particulière. Mais on s’aperçoit alors que pour éviter les confusions (par exemple avec d’autres mots en h*t), la deuxième variante, territoriale, devra elle-même être pensée comme complément de la première, historique, c’est-à-dire comme diacritique d’un diacritique.

Le même principe de création d’écriture devra nous permettre d’unifier Zeus et Deus. Cette fois, c’est l’espace consonantique qu’il faut réussir à unifier, puis diacriter. Nous arriverons à des formes très abstraites, mais qui représenteront visuellement le chemin phonologique.

Ce même procédé pourrait avoir un deuxième usage : celui de marquer les variations historiques d’une même langue. C’est ce que font déjà les linguistes, mais à vil prix : il leur faut élargir l’alphabet latin d’une quantité de lettres, et rajouter un nombre très important de diacritiques. Il devrait être possible de rationaliser cela et rendre compte de la logique des transformations. Cette partie du programme exige un travail particulier sur l’esthétique et la lisibilité. Une telle écriture serait très utile pour les comparatistes tant dans leurs recherches informatisées que pour leurs publications. On lui devine mal un autre usage, quoique des locuteurs puissent trouver dans la mise en évidence des racines, une sorte de paradis perdu. On imagine bien les germanistes et les indo-européanistes dans une telle activité.

Nous avons déjà là un vaste programme.

Mais il pourrait être encore élargi. Si nous parvenons à mettre des signes sur ce que nous venons d’appeler espace consonantique et espace vocalique, alors nous aurons une méthode de gestion de l’ambiguïté, réemployable pour une seule et même langue.

En effet, le vaste monde manque encore d’une écriture ayant pour propriété de rendre compte des mutations régulières d’une langue. Prenons le cas des langues celtiques. Dans ces langues, l’initiale d’un mot varie selon le précédent ; ou plutôt, un mot implique un type d’initiale dans le suivant. Or l’irlandais, le gallois, sont célèbres pour leur orthographe indéchiffrable aux non-initiés ; les Bretons, eux, ont des querelles sans fin sur ce sujet. Manifestement, l’alphabet latin a du mal à représenter l’ambiguïté. Or, si nous arrivons à représenter l’ambiguïté consonantique et vocalique, la même méthode devrait nous permettre de représenter l’harmonie des mutations. Ce troisième défi pourra ainsi être résolu en même temps que les deux autres.